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L'amérique post-trauma

Après avoir passé 6 semaines aux Etats-Unis en plus de mes séjours annuels, j'ai constaté que l'Amérique était "bouleversée" pour une longue période, ceci m'a donné l'envie d'écrire cette petite note.

Les États-Unis, 2ème puissance mondiale après l'Europe en terme de PIB ont été frappés par 3 chocs consécutifs extrêmement violents : le 11 Septembre 2001, la guerre en Irak et la crise financière (dite des subprimes).

L'intensité de ces chocs change profondément l'Amérique qui est en proie à de profonds doutes. Revenons donc sur ces 3 grands chocs :

Le 11 Septembre a fait prendre conscience aux Américains à quel point les extrémistes musulmans pouvaient les haïr et que, malgré des budgets militaires très importants, la première puissance mondiale était très vulnérable face à un ennemi nettement plus dangereux que l'Union Soviétique lors de la guerre froide.

La guerre en Irak basée sur un risque terroriste mensongé a quant à elle discrédité aux yeux du peuple américain l'administration Bush et éloigné l'Amérique de ses alliés européens historiques (notamment la France mais aussi l'Allemagne). ,

Enfin la crise des subprimes qui a débouché sur une crise économique grave, notamment dans des régions comme la Floride et la Californie. Celle-ci fait douter l'Amérique de son propre modèle et a créé une fracture entre Main street (l'américain moyen) et Wall Street (symbolisant le capitalisme pur et dur). Le pouvoir n'est plus à New-York mais bien à Washington DC. La valeur de l'argent elle-même vacille. Les rémunérations des grands dirigeants sont passées au peigne fin, notamment les bonus des banques d'investissements. Les débats sur le sujet se succèdent sur les chaînes de TV comme CNN, du jamais vu. Récemment, le Président Obama a même proposé que les dirigeants d'entreprises aidées devraient diminuer leur salaire de … 90% !

Cette attitude est populaire car l'Américain enrage de devoir payer un jour les centaines de milliards de dollars qui ont été nécessaires pour sauver de l'effondrement le système financier (renflouement de AIG, Freddie, Fannie, GM, ....). La baisse des marchés financiers et de l'immobilier a appauvri significativement les Américains notamment les retraités.
Dans les fractures actuelles de la société américaines la santé est au centre également des débats1. Des meetings (Townhall meetings) ont eu lieu cet été dans toute l'Amérique pour débattre de la réforme du système de santé. Car il faut rappeler que, bien qu'étant un des pays les plus développés, l'Amérique a un système de santé catastrophique. 2 chiffres illustrent ceci : les Etats-Unis sont ceux qui dépensent le plus au monde pour leur santé (15% du PNB vs environ 10% pour les pays de l'OCDE) et ne sont même pas dans le Top 30 de l'espérance de vie.

Dans les tares du système, on notera par exemple qu' aucune loi ne propose une obligation d'admission par les assureurs, les personnes ayant des problèmes de santé pouvant même dans certains cas se faire refuser une couverture santé. De même, pour certaines maladies très coûteuses (donc graves), le malade doit dans certains cas participer aux frais, ruinant parfois une famille entière.

Le système américain de santé est donc totalement privé et être assuré n'est pas obligatoire (sauf dans l'Etat du Massachusetts). La santé est réellement un business (avec un lobby puissant) et qui génère des bénéfices très importants . A noter que quelques organisations sans but lucratif existent mais bizarrement elles ne sont pas très développées.

Enfin, les salariés sont loin d'être égaux devant la santé car les moyennes et grosses entreprises financent en grande partie les primes de leurs collaborateurs. Dommage pour les autres (petites entreprises, indépendants) qui ne sont pas toujours couverts ou bien couverts.

Le manque de protection sociale a paradoxalement un coût, car le manque de prévention et l'obligation pour les hôpitaux de traiter gratuitement les urgences coûte des sommes folles au système.

Néanmoins malgré ce tableau très sombre sur la santé (dont la première tentative de réforme date des Clinton), Barack Obama avec sa cote de popularité très élevée a le plus grand mal à convaincre (même dans le clan Démocrate) les grandes lignes de son projet : interdiction pour les assureurs de refuser un dossier, interdiction aux assureurs de casser le contrat en cas de perte ou de changement d'emploi, et introduction d'une assurance publique forcement coûteuse. Sur ce dernier point, pourtant le plus crucial, il n'est pas certain que le Président Obama fasse accepter cette option.

Cette tentative de réforme de santé se fait à un moment où les finances publiques sont dans un état calamiteux. En effet, Barack Obama a appliqué une politique Keynésienne de relance (787 milliards de $) en plus des fonds pour le renflouement des institutions financières (TARP, …). Chose amusante, malgré le discours « vert » d'Obama, de nombreux fonds sont destinés à la rénovation des routes.

Tout cela fait exploser le déficit américain (10% du PIB contre 3,2% en 2008). A ce rythme il est prévu que la dette américaine actuellement de 11 trilliards de $ double dans le 10 ans.

Une telle augmentation des dépenses dans un contexte de fort ralentissement économique va nécessiter l'augmentation des impôts. A première vue, cela semble facile puisque les prélèvements ne représentent que 28% du PIB (contre 39,8% pour UE27 et 46% pour la France). Les pistes sont nombreuses, car il n'existe pas aux USA de « Sales Tax fédérale » (TVA)2 les taxes sur l'essence sont faibles (25% vs 60% en France), la fiscalité des ménages les plus riches est également basse.

Mais contrairement au Français, l'Américain est viscéralement opposé à l'augmentation des impôts. Des dizaines de milliers d'américains ont organisé une « Tea Party »3 à l'été 2009 constitant en une marche sur Washington pour mettre en garde contre toute hausse d'impôt. Un événement jamais vu en France alors que la pression fiscale est nettement supérieure. 

Les détracteurs de l'augmentation des impôts indiquent que l'argent dépensé par l'Etat a toujours un impact plus faible sur l'économie que dépensé ou investi par les ménages et les entreprises.

Mais il faut bien dire qu'un soutien important de l'Etat est quand même nécessaire dans ce pays qui n'a pas l'habitude de ce genre de politique. Car même avec ce soutien le niveau très élevé de chômeurs est impressionnant, plus de 10% au plus haut depuis 27 ans (Septembre 82). Les destructions d'emplois touchent bien évidemment beaucoup le secteur de l'industrie et de la construction.

Le problème pour les Etats-Unis est que 70% de son PIB provient de la consommation qui forcément baisse lorsque le chomage est elevé, les chomeurs ayant moins de pouvoir d'achat et les salariés préférant se désendetter (la dette des ménages a doublé en 20 ans et représente 120% du revenu ).

Enfin et pour terminer, on est toujours étonné par le pouvoir d'achat important des Américains et le nombre très important d'entreprises (dans la plupart des cas individuelles).

Concernant le pouvoir d'achat, bien sûr corrigé des effets de change, il est de 26% supérieur aux Etats-Unis qu'en France. Une TVA faible, une concurrence élevée et un nombre supérieur d'heures travaillées permet l'obtention de ce très bon résultat.

Pour la densité d'entreprises, on notera qu'il y a un ratio Entreprises/Habitant de 0,09 contre 0,47 pour la France. Il existe donc 2 fois plus d'entreprises et donc d'entrepreneurs aux USA qu'en France.

En conclusion, on ne peut que constater que face à 10 années de « drames » en Amérique, la situation héritée par Barack Obama est une des plus difficiles que le pays ait connu (on peut faire ici un premier parallèle avec FDR en 1932). Et on ne peut qu'attribuer une bonne part de responsabilité au tandem George W. Bush / Alan Greenspan.

L'arrivée de Barack Obama au pouvoir a signé rapidement une normalisation dans les relations internationales, grâce à des décisions attendues sur l'Irak, Guantanamo et le Cap and Trade (dans le sens du traité de Kyoto).

En politique intérieure, la situation est nettement plus difficile même si le gouvernement a réussi à stabiliser la situation financière (en menant une politique très active et non conventionnelle comme le "quantitative easing" ou l'utilisation de la planche à billet en terme plus populaire).

Cette stabilisation s'est actuellement faite bien sûr avec une grande aggravation des déficits mais sans pour l'instant de faire exploser l'inflation ce qui coulerait le dollar et augmenterait les taux d'intérêts à long terme faisant dérailler la timide reprise actuellement en cours. Mais le grand retour de l'inflation reste un risque réel sur 2010/2011 malgré les forces déflationnistes qui s'exercaient jusqu'à présent.

Le Président Obama doit donc éviter 10 ans de stagnation à la Japonaise et redonner confiance à l'Amérique. Affublé de l'étiquette du président le plus à gauche depuis F.D.Roosevelt, il doit veiller à ne pas trop faire de communication et s'attaquer aux vrais maux comme la réforme du régulateur et du système financier (agences de notation, ...) alors que certains décideurs en place avant la crise sont toujours bizarrement à des postes influents (notamment Ben Bernanke patron de la FED depuis 2005, Timothy Geithner patron de la FED de NY entre 2003 et 2009, maintenant patron du Trésor dans l'équipe Obama)

 

Sources :

- U.S. Census (http://www.census.gov/econ/susb/ et http://www.census.gov/econ/nonemployer/)
- U.S. Bureau of Labor Statistics

 

Footnotes :

1 http://www.slideshare.net/danroam/healthcare-napkins-all
2
il y a par contre une « sales tax »par Etat, de 0% dans le Delaware à 8% dans l'Etat de NY
3
Tea Party : manifestation en référence à la révolte contre les Anglais à Boston

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